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Mgr Michel Aupetit présente Joseph Lebèze

Publié par edmoulin sur 24 Février 2011, 10:45am

Catégories : #Réactions de...

Préface du témoignage de Joseph Lebèze : livre "Dé-chaîné"

 

http://www.paris.catholique.fr/local/cache-vignettes/L114xH150/arton21582-a72cd.jpgOn parle beaucoup aujourd’hui de résilience. Ce terme tiré de la mécanique des métaux caractérise la résistance de ces derniers aux chocs. Appliquée au développement psychologique et humain, cette notion décrit la capacité d’un individu de faire face et de surmonter les drames et les malheurs qui peuvent jalonner sa vie.

L’histoire effrayante et bouleversante de Joseph Lebèze dont la vie fut poignardée à l’âge de sept ans et qui fut une suite d’épreuves jusqu’à la trentaine pourrait peut-être devenir un cas d’école pour illustrer cette théorie psychologique qui trouve son origine aux Etats-Unis.

 

Cependant, lorsque Joseph témoigne de son parcours personnel, comme il le fait dans ce livre, je crois qu’il faut parler plutôt de rédemption que de résilience. La rédemption est un salut offert par amour, car il s’agit bien de sauver une vie perdue, gâchée. Quelques éclairs d’affection ont éclairé la vie de Joseph et lui ont permis un instant de croire qu’il pouvait avoir quelque valeur aux yeux des hommes et à ses propres yeux. Ayant connu toutes les déchéances possibles et après avoir tant souffert dans son enfance, Joseph pouvait-il connaître une autre issue qu’une autodestruction programmée ? Au récit de sa vie, on peut croire vraiment qu’il y a des destins maudits, des « karmas » inéluctables, une malédiction définitive. Mais son histoire ne s’est pas achevée selon ces pronostics pessimistes. Il y a eu une rencontre et quelle rencontre ! Il a fallu bien des intermédiaires pour que Joseph croise le Christ, qu’il l’accueille et qu’il le suive. Il n’est pas si facile de se laisser aimer quand on a été tellement abîmé par le mépris des autres, par l’indifférence qui vous ont fait croire à votre peu de valeur. Accepter d’avoir du prix au point que Celui qui nous aime peut donner sa vie pour nous, demande beaucoup de temps. Il a fallu aussi se résoudre à imiter Jésus, le Fils, et oser parler à Dieu en l’appelant « Père ». Ce nom imprononçable, honni, insupportable pour Joseph.

 

Il restait une épreuve, plus difficile encore, dans ce trajet de rédemption. Il fallait aussi faire l’expérience du pardon pour entrer dans la communion effective avec Dieu. Est-il possible de pardonner à son père dont l’image des mains ensanglantées tenant le couteau qui a tué sa mère, hante tous ses cauchemars ? La haine est inextinguible comme la montée des eaux, elle envahit tous les recoins de l’être et ne laisse plus de place pour autre chose qu’elle-même. Le pardon est une folie pour beaucoup et un aveu de faiblesse dans certaines cultures, mais pour le christianisme, il est la condition de la rencontre avec Dieu. En effet, c’est Dieu qui pardonne le premier et c’est à lui qu’il faut s’en remettre pour pouvoir pardonner.

Il n’est pas question d’oublier, de « passer l’éponge », de faire comme si rien ne s’était passé. Il s’agit de regarder le mal en face, ce mal qui nous détruit et de construire à cause de lui, à partir de lui, quelque chose de plus grand, de plus beau que s’il n’avait pas eu lieu. Tirer le bien du mal, c’est l’œuvre de Dieu, le salut offert par le Christ. Pardonner, c’est « donner davantage » et pour y parvenir il n’existe pas d’autre chemin que d’accueillir Celui qui « est Amour ». Alors tout est possible, on peut redevenir Quelqu’un.

Mais il y a tous ceux qui ne demandent rien, tous ceux qui méprisent le pardon qu’on leur offre. Il convient de les présenter à la miséricorde du Père comme l’a fait le Christ sur la croix : « Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ».

 

Depuis cette rencontre, Joseph témoigne à temps et à contre temps de cette rédemption offerte par amour. Il permet à ceux qui désespèrent d’entrer dans l’espérance. En recevant le récit de sa vie, chacun peut croire qu’aucun homme ne soit tombé si bas qu’il ne puisse se relever.

 

Merci à Joseph, mon frère en Christ, mon fils spirituel si libre, si insaisissable mais si attachant, de partager si généreusement ce qu’il a vécu et ce qu’il vit encore car nous l’avons appris ensemble : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».

 

Mgr Michel Aupetit, vicaire général du diocèse de Paris.

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